« Former autrement pour répondre aux besoins de la filière fruits et légumes »

Entretien avec Cyrielle Calzavara, coordinatrice du projet Nectar

Lauréat de l’appel à manifestation d’intérêt Compétences et Métiers d’Avenir (AMI-CMA), dans le cadre de France 2030, le projet Nectar entend répondre à un enjeu stratégique : renforcer les compétences, l’attractivité et la structuration de la filière fruits et légumes. Porté par l’AgroCampus 47 (EPLEFPA du Lot-et-Garonne), ce programme s’appuie sur un consortium de 22 partenaires et ambitionne de former plus de 13 500 personnes en cinq ans. Pour Apecita Média, Cyrielle Calzavara, coordinatrice du projet, revient sur la genèse de NECTAR, ses objectifs et les besoins très concrets auxquels il veut répondre sur le terrain.

Apecita Média : Comment est né le projet Nectar ?

Cyrielle Calzavara : Le projet est né d’un constat très concret : la filière fruits et légumes rencontre aujourd’hui de vraies difficultés de recrutement, mais aussi des besoins importants en montée en compétences des salariés. C’est une problématique que nous observons sur notre territoire, mais qui dépasse largement notre seul département.

Nous nous sommes appuyés sur le diagnostic Fel’Compet, réalisé par le CTIFL dans le cadre de l’AMI-CMA, qui a mis en évidence plusieurs manques : déficit de personnel qualifié, difficultés de recrutement, besoin de compétences transversales…

Apecita Média : Qu’est-ce qui fait la spécificité de ce projet ?

Cyrielle Calzavara : Sa force, c’est son approche filière. On ne s’est pas limité à la seule production agricole. Nous avons voulu prendre en compte les besoins réels des entreprises de la filière fruits et légumes, sur toute la chaîne de valeur, de l’amont à l’aval, jusqu’à la transformation, la valorisation et la commercialisation.

Cela explique aussi l’ampleur du consortium. Le projet rassemble 22 partenaires : organismes de formation publics et privés, acteurs de la recherche, représentants professionnels, acteurs de l’emploi, entreprises et collectivités régionales. L’objectif est d’avoir une construction collective, au plus près des besoins du terrain.

Apecita Média : Quels sont les grands axes de travail de ce projet ?

Cyrielle Calzavara : Le projet s’articule autour de plusieurs grands volets :

  • la création d’un bachelor agro chef de culture,
  • l’adaptation de formations existantes du CAP au BTS,
  • la création d’espaces innovants d’apprentissage et d’expérimentation,
  • et le développement d’actions d’attractivité et de valorisation de la filière.

Dans notre organisation interne, nous avons structuré cela en plusieurs “work packages” : un volet gouvernance, un axe dédié à la création ou l’adaptation des formations, un autre sur les espaces tests agricoles, et enfin un axe attractivité. Certaines actions, notamment sur l’attractivité, pourront démarrer rapidement. D’autres, comme les espaces tests, demanderont plus de temps et d’investissement.

Apecita Média : L’un des marqueurs forts du projet, c’est la création d’un bachelor agro chef de culture. Pourquoi ce choix ?

Cyrielle Calzavara : Parce qu’il y a un vrai besoin. Aujourd’hui, le métier de chef de culture a beaucoup évolué. On lui demande bien sûr de solides compétences techniques, mais cela ne suffit plus. Il doit aussi être capable de manager, de comprendre des logiques de coûts de revient, de marge, de rentabilité, voire de gérer la relation avec des clients en vente directe.

Autrement dit, il lui faut une véritable vision technico-économique, mais aussi de réelles compétences humaines et organisationnelles. Or, ces dimensions sont encore insuffisamment structurées dans les parcours de formation actuels. C’est précisément ce manque que nous voulons combler avec ce bachelor.

Et cette évolution du métier est directement liée aux transformations des exploitations. En maraîchage notamment, les structures ont grandi : on est de moins en moins sur de petites exploitations familiales, et certaines mobilisent aujourd’hui des équipes importantes, parfois jusqu’à 60 personnes ou plus. Dans ce contexte, un chef de culture ne peut plus être seulement un excellent technicien. Il doit savoir organiser, animer et fidéliser des équipes, souvent saisonnières. Si le management n’est pas au rendez-vous, c’est la stabilité des équipes, et donc celle de l’exploitation, qui peut être fragilisée.

Apecita Média : Comment ce bachelor sera-t-il déployé ?

Cyrielle Calzavara : Il sera porté par l’enseignement supérieur, puisque les EPL ne peuvent pas, seuls, porter un diplôme au-delà du BTS. Dans ce cadre, Bordeaux Sciences Agro a vocation à jouer un rôle central. L’idée est ensuite de déployer ce bachelor sur plusieurs établissements partenaires.

À ce stade, plusieurs sites sont évoqués entre la Nouvelle-Aquitaine et l’Occitanie, avec une logique de co-construction régionale. Nous sommes encore dans une phase de finalisation, donc tous les contours ne sont pas totalement figés.

Au-delà de la création d’un nouveau bachelor, le projet Nectar vise aussi à faire évoluer les formations existantes, du CAP au BTS ?

Cyrielle Calzavara : Absolument. Le bachelor est une vitrine forte, mais il ne résume pas le projet. Un autre enjeu majeur consiste à faire évoluer l’existant. D’ailleurs, c’est inscrit noir sur blanc dans la feuille de route officielle : adapter les formations du CAP au BTS.

L’idée, c’est d’intégrer davantage de compétences transversales, de management, de pilotage économique, de compréhension des enjeux de filière… Même à un niveau bac ou BTS, on peut déjà commencer à préparer ces évolutions de métier. En ce sens, Nectar est aussi un projet de transformation pédagogique.

Apecita Média : Le projet prévoit aussi des espaces innovants d’apprentissage. De quoi s’agit-il ?

Cyrielle Calzavara : Nous voulons développer des espaces tests agricoles et des dispositifs d’expérimentation, mais pas forcément uniquement dans les lycées agricoles, contrairement à ce qu’on imagine souvent.

L’idée serait de s’appuyer sur des partenaires comme des stations expérimentales ou des structures spécialisées pour proposer des parcelles dédiées à des apprenants ou à des porteurs de projet. C’est une manière de rapprocher encore davantage la formation du réel, avec des situations concrètes de production, d’expérimentation et d’apprentissage.

Apecita Média : L’autre grand axe du projet, c’est l’attractivité de la filière. Pourquoi est-ce si important ?

Cyrielle Calzavara : Parce qu’on ne peut pas ouvrir ou renforcer des formations si l’on n’arrive pas à attirer des publics. C’est un sujet clé. D’ailleurs, dans notre calendrier, c’est probablement l’un des volets qui pourra démarrer le plus vite.

Le projet prévoit des actions de valorisation des métiers, de présence sur des forums, des animations dédiées, et une logique de mutualisation avec des initiatives déjà existantes. Nous avons notamment évoqué des synergies avec des projets déjà financés sur le territoire, comme Agro vous sourit, pour éviter de repartir de zéro et capitaliser sur ce qui fonctionne déjà. Il est aussi question d’alimenter des outils type plateforme ou hub avec des offres d’emploi, de stage, d’alternance et des fiches entreprises. Au final, le projet vise à former plus de 13 500 personnes sur cette période.

Apecita Média : Quel est le calendrier du projet Nectar ?

Cyrielle Calzavara : Le projet est conçu sur cinq ans, ce qui correspond au cadre habituel des projets AMI-CMA. Nous prévoyons un démarrage opérationnel visé à l’automne 2026, avec un travail préparatoire en amont, notamment le recrutement d’une direction opérationnelle, dont l’offre d’emploi a été diffusée sur le site de l’Apecita, et la finalisation du conventionnement. L’objectif, au-delà du déploiement régional, est aussi de construire un modèle suffisamment solide pour être pérenne et, à terme, essaimer au niveau national.

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