VAE : un levier encore sous-exploité pour répondre aux besoins de l’agriculture

Présentée comme un levier stratégique pour renforcer les compétences et attirer de nouveaux profils vers les métiers agricoles, la Validation des acquis de l’expérience (VAE) entre dans une nouvelle phase. Si la réforme engagée par la loi du 21 décembre 2022 a simplifié le dispositif, le rapport publié par le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) montre que le passage à l’échelle reste semé d’obstacles.

La loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire du 24 mars 2025 confère désormais à la VAE un rôle central dans la politique de renouvellement des générations. L’objectif est ambitieux : faire de la reconnaissance de l’expérience professionnelle un véritable outil d’attractivité des métiers agricoles et un moyen d’accélérer les reconversions vers les filières du vivant.

Une dynamique réelle depuis l’ouverture de France VAE

Depuis juin 2025, l’ensemble des certifications agricoles est accessible sur la plateforme France VAE. Cette ouverture a permis de relancer la dynamique du dispositif avec, en moyenne, 33 nouvelles inscriptions chaque semaine.

Mais derrière cette progression se cache une réalité plus contrastée. Selon le rapport, au moins un candidat sur deux abandonne sa démarche avant d’atteindre les étapes décisives de son parcours. Si le phénomène d’abandon est aujourd’hui moins visible qu’auparavant, il demeure important.

Plusieurs facteurs expliquent cette situation : une information encore insuffisamment lisible pour les candidats, un financement reposant désormais principalement sur le compte personnel de formation (CPF) et des difficultés techniques qui compliquent encore les démarches.

Les établissements agricoles publics peinent à tirer leur épingle du jeu

Le rapport pointe également un paradoxe. Les établissements publics locaux d’enseignement et de formation professionnelle agricoles (EPLEFPA) disposent d’atouts solides : une expertise reconnue des métiers agricoles et des tarifs d’accompagnement environ 25 % inférieurs à ceux pratiqués sur le marché.

Pourtant, ils restent peu visibles auprès des candidats. Leur présence numérique est jugée insuffisante, leur communication manque d’homogénéité et leur offre apparaît peu lisible sur les plateformes de recherche utilisées par les porteurs de projet.

À cela s’ajoute une évolution du financement qui fragilise certains publics. Le recours quasi exclusif au CPF réduit les possibilités d’accès pour des profils pourtant ciblés par la loi de 2025, comme les travailleurs indépendants, les aidants familiaux ou les bénévoles.

Des freins techniques qui limitent le changement d’échelle

Au-delà des questions de financement et de visibilité, le rapport insiste sur les difficultés opérationnelles rencontrées par les certificateurs. L’absence d’interopérabilité entre la plateforme France VAE et les systèmes d’information du ministère de l’Agriculture, notamment Indexa, oblige les équipes à effectuer de nombreuses doubles saisies. Cette organisation alourdit le travail administratif et empêche un pilotage efficace des données.

Or, les besoins vont rapidement augmenter. Le CGAAER estime que le nombre de candidats présentés devant un jury pourrait atteindre environ 1 200 par an, soit le double des volumes observés en 2025. Sans évolution des outils numériques et de l’organisation des jurys, cette montée en puissance paraît difficilement soutenable.

Sept recommandations pour accélérer la réforme

Afin de faire de la VAE un véritable levier de souveraineté alimentaire, le CGAAER formule sept recommandations prioritaires.

Le rapport préconise notamment de moderniser complètement le système d’information du ministère et de le rendre pleinement compatible avec France VAE. Il recommande également de développer des outils de suivi permettant un pilotage national et territorial plus fin des parcours.

L’accompagnement des candidats constitue un autre axe fort. Les auteurs plaident pour une information plus personnalisée dès l’inscription, capable d’évaluer les chances de réussite selon la certification visée, le statut du candidat ou les solutions de financement disponibles.

Le rapport appelle également à renouer des partenariats avec les financeurs traditionnels afin de soutenir les publics prioritaires, à revoir les modalités de financement des accompagnements pour assurer un modèle économique pérenne, et à clarifier la gouvernance du nouveau service public.

Enfin, il recommande d’adapter l’organisation des jurys afin d’absorber la hausse attendue du nombre de candidats, tout en expérimentant de nouvelles modalités d’évaluation.

Nos dernières sorties :

Devenez un acteur de la filière agricole.

Plus de 1200 offres d'emplois partout en France.