Handicap et agriculture : un colloque pour passer des bonnes intentions aux actes

Le monde agricole peine parfois à attirer des candidats. Les personnes en situation de handicap, elles, se heurtent encore à de nombreux préjugés lorsqu’elles cherchent un emploi. Et si ces deux univers avaient finalement beaucoup à s’apporter ? C’est tout l’enjeu du Colloque international Agriculture, Handicap & Autisme, qui se tiendra les 5 et 6 novembre à Paris. Un rendez-vous auquel participera l’Apecita et dont les grandes lignes ont été présentées le 8 octobre, au Sommet de l’Élevage.

Quand on parle des métiers agricoles, les mêmes images reviennent souvent : des journées à rallonge, un travail physique, des conditions parfois difficiles. Et quand on évoque le handicap, beaucoup pensent immédiatement au fauteuil roulant. Deux visions bien réductrices de réalités autrement plus diverses.

C’est justement ce rapprochement qui a donné envie à plusieurs acteurs du monde agricole et du handicap de travailler ensemble. Car au fond, les difficultés se rejoignent : d’un côté, des entreprises qui peinent à recruter et des métiers qui souffrent d’un manque d’attractivité ; de l’autre, des personnes dont les compétences passent parfois au second plan derrière leur handicap.

Comme l’a expliqué Didier Moguelet, vice-président de l’Agefiph et chef de file Handicap pour le syndicat CFTC, à l’occasion d’une conférence de presse au dernier Sommet de l’Elevage, « l’idée a commencé à faire son chemin en Auvergne-Rhône-Alpes, jusqu’à l’organisation d’un colloque à Moirans, près de Grenoble, en novembre 2024. Depuis, les échanges se poursuivent. Avec une conviction : il ne suffit pas de dire que l’agriculture peut accueillir des personnes en situation de handicap. Encore faut-il montrer comment. »

Adapter le travail plutôt que fermer des portes

Bien sûr, tous les métiers agricoles ne sont pas accessibles à tout le monde. Mais cela ne signifie pas qu’il faille écarter d’emblée certains profils. La mécanisation, les exosquelettes ou encore les nouvelles technologies permettent déjà de réduire certaines contraintes physiques. Et parfois, les solutions sont beaucoup plus simples : adapter des horaires, revoir la répartition des tâches ou aménager un poste de travail.

L’expérience de l’association Vivre et Travailler Autrement (VETA) avec Andros montre jusqu’où cette réflexion peut aller. Depuis 2014, l’usine d’Auneau accueille des adultes autistes avec déficience intellectuelle, dont certains étaient auparavant considérés comme trop éloignés de l’emploi.

Pour rendre cette intégration possible, l’entreprise a notamment adapté l’organisation des tâches, mis en place des repères visuels et prévu un accompagnement individualisé. Le dispositif ne se limite d’ailleurs pas au travail : il vise aussi à favoriser l’autonomie des personnes dans leur vie quotidienne. Une expérience qui a fait ses preuves et que VETA contribue aujourd’hui à développer dans d’autres entreprises, notamment Guerlain, Barilla ou L’Oréal.

Faire connaître ce qui fonctionne

Des initiatives comme celle-ci, il en existe d’autres. Le problème, c’est qu’elles restent souvent peu connues, y compris des employeurs et des professionnels chargés d’accompagner les personnes vers l’emploi.

C’est tout l’intérêt du travail engagé depuis les premières rencontres. Un groupe réunissant notamment l’Agefiph, l’Anefa, l’Apecita, Ocapiat et France Travail se retrouve régulièrement pour avancer sur le sujet. L’idée n’est pas de repartir de zéro, mais plutôt de repérer les solutions qui existent déjà, de comprendre pourquoi elles fonctionnent et de voir comment d’autres pourraient s’en inspirer.

« Une étude menée sur deux ans doit également contribuer à ce travail, avec l’objectif de déboucher sur des outils concrets pour les entreprises et les acteurs de l’emploi » poursuit Didier Moguelet.

Les 5 et 6 novembre, la troisième édition du Colloque international Agriculture, Handicap & Autisme permettra de poursuivre ces réflexions à une autre échelle. Au programme : des échanges sur l’emploi, l’autisme, l’accessibilité, la ruralité, la mobilité, la santé mentale ou encore les innovations qui facilitent l’insertion professionnelle.

Aldine Lepercq, conseillère RH à l’Apecita Auvergne-Rhône-Alpes et membre du groupe de travail, participera à ces deux journées. Car pour les entreprises agricoles qui cherchent à recruter comme pour les personnes en situation de handicap qui souhaitent travailler, l’enjeu est finalement le même : faire en sorte que les compétences comptent davantage que les idées reçues.

En pratique : le colloque se tiendra les 5 et 6 novembre 2026 au siège de Malakoff Humanis, 21 rue Laffitte à Paris. Il sera possible d’y participer sur place ou à distance. L’événement est gratuit, sur inscription obligatoire :

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