Bio : la consommation repart, la production attend
Bonne nouvelle pour la filière bio :le marché semble avoir retrouvé son souffle. Les chiffres publiés par l’Agence BIO pour 2025 sont encourageants – 12,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit une hausse de 3,6 % sur un an, supérieure à celle de l’ensemble du marché alimentaire (+2 %). Mieux encore, cette progression est tirée non seulement par les prix, mais aussi par les volumes (+2 %), signe que les consommateurs reviennent réellement aux produits biologiques. Mais côté producteurs, l’heure n’est pas encore à la fête.
Les enseignes spécialisées et la vente directe en tête
La reprise est portée par des circuits qui ont su fidéliser leurs clients. Les magasins spécialisés affichent la plus forte progression avec +8,5 % de chiffre d’affaires. La vente directe confirme elle aussi son attrait (+3,8 %), soutenue par près de 28 500 producteurs qui ont fait le choix du circuit court pour commercialiser leurs produits. Même la grande distribution, après plusieurs exercices décevants, renoue avec une légère croissance des ventes bio (+1,2 %). La restauration collective, de son côté, poursuit sa montée en puissance.
Certaines familles de produits se distinguent particulièrement : les œufs bondissent de 9,5 % en valeur, les fruits et légumes progressent de 7,3 %, les produits laitiers gagnent 4,8 %, et les viandes bio — notamment les volailles — retrouvent enfin le chemin de la croissance après plusieurs années difficiles.
Autre signal positif à ne pas négliger : la part des importations dans les ventes bio tombe à 28,3 %, son niveau le plus bas depuis 2017. La production française pèse donc de plus en plus dans l’approvisionnement du marché — une tendance favorable, à condition que l’offre suive.
Une production qui n’a pas encore tourné la page
Mais si la demande repart, l’amont agricole reste fragile. En 2025, le nombre d’exploitations bio recule encore de 1,3 % pour s’établir à 61 159 fermes, et les surfaces certifiées diminuent pour la troisième année consécutive (-1,1 %), autour de 2,69 millions d’hectares — soit près de 10 % de la surface agricole utile française.
Il faut toutefois nuancer : cette érosion est moins sévère que celle observée pour l’ensemble des exploitations agricoles françaises (-3,6 %), et la part des fermes bio atteint désormais 17,3 % du total. Quelques signaux d’espoir émergent également du côté des conversions, avec une reprise notable en grandes cultures (+24 % de premières années de conversion) et en légumes frais (+44 %). Des chiffres à confirmer sur la durée, mais qui indiquent que certains agriculteurs commencent à regarder à nouveau vers le bio.
Transformer l’élan en confiance
Pour l’Agence BIO, l’enjeu est clair : faire de cette reprise de la consommation un véritable levier pour relancer les installations et les conversions. Les agriculteurs, après des années de tensions économiques et de prix insuffisants, restent prudents. Le retour des débouchés ne suffit pas, à lui seul, à reconstruire la confiance.
L’organisme appelle donc l’ensemble des acteurs de la chaîne – producteurs, transformateurs, distributeurs, restauration collective – à s’engager sur des débouchés durables. Car si 72 % des produits bio consommés en France sont aujourd’hui d’origine nationale, cet atout pour la souveraineté alimentaire ne tient que si la production reste au rendez-vous.
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