Aveyron : le Ségala ouvre ses portes aux futurs agriculteurs
Changer de vie pour devenir agriculteur. Une idée qui séduit de plus en plus de personnes en quête de sens, d’autonomie ou d’un projet entrepreneurial concret. En Aveyron, territoire d’élevage dynamique, les opportunités d’installation existent, y compris pour des candidats hors cadre familial. Le parcours d’Éric Nadal en est l’illustration.
Rien ne destinait Éric Nadal à devenir éleveur. Issu d’une famille non agricole, il intègre pourtant une formation dans ce domaine à La Roque dans les années 1990. Mais à l’époque, il se passionne davantage pour la mécanique que pour les productions animales et les aspects techniques de l’élevage. Après un BTA réalisé en apprentissage, il poursuit donc dans cette voie en se spécialisant en mécanique agricole, avant de rejoindre quelques années plus tard l’industrie aéronautique.
C’est finalement au contact de son beau-père, éleveur en Aveyron, que le goût du métier naît progressivement. Les week-ends et les vacances passés sur l’exploitation lui permettent de découvrir concrètement le quotidien agricole. Lorsque son beau-père envisage la retraite, l’idée de la reprise s’impose peu à peu.
En 2013, Éric Nadal s’installe officiellement sur la ferme familiale située sur le Ségala. L’exploitation compte alors une cinquantaine d’hectares et 50 vaches allaitantes de race limousine, engagées dans la filière Veau d’Aveyron et du Ségala Label Rouge. Aujourd’hui, l’exploitation a grandi pour atteindre 70 hectares et 70 vaches.
Rompre l’isolement pour réussir son installation
Passer du statut de salarié à celui de chef d’exploitation représente un véritable changement de vie. Si l’ancien mécanicien connaissait déjà le milieu agricole, il a dû acquérir de nombreuses compétences pour gérer l’ensemble des responsabilités liées à l’exploitation. « Quand on débute, la charge administrative peut surprendre, reconnaît-il. Ça prend énormément de temps et il faut être très consciencieux. »
Son expérience dans l’industrie aéronautique, notamment dans le contrôle qualité, lui a toutefois apporté des compétences précieuses : rigueur, organisation et gestion administrative. Des acquis qu’il mobilise aujourd’hui au quotidien sur son exploitation.
Pour compléter ses connaissances, il a multiplié les formations dans des domaines variés : comptabilité, PAC, gestion du troupeau ou encore soins aux animaux. « Il ne faut pas hésiter à se former. Aujourd’hui, il existe beaucoup de formats, y compris en visio. »
Avec le recul, Éric Nadal insiste aussi sur l’importance de ne pas rester isolé et de prendre le temps de « sortir de la ferme ». Ces moments d’apprentissage sont précieux, car ils permettent autant d’acquérir de nouvelles compétences que de rencontrer d’autres agriculteurs et de se constituer un réseau. « On échange des idées, des façons de travailler, des expériences. Ça aide énormément. »
Treize ans après son installation, il ne regrette pas son choix, même s’il reconnaît les contraintes du métier : dépendance à la météo, risques sanitaires ou économiques. « Quand on est salarié, à la fin du mois la paie tombe. En agriculture, on dépend de beaucoup de choses qu’on ne maîtrise pas. » Pour autant, il apprécie aujourd’hui la stabilité d’une vie davantage ancrée sur son territoire et le sentiment d’exercer un métier concret et utile.
L’Aveyron, un territoire d’opportunités
Le parcours d’Éric Nadal illustre une réalité que la Chambre d’agriculture de l’Aveyron observe depuis plusieurs années : les installations hors cadre familial progressent, même si les reprises familiales restent majoritaires.
« Les enjeux sont importants, insiste Emmanuel Artus, conseiller spécialisé transmission. D’ici dix ans, près d’un agriculteur sur deux sera en âge de partir à la retraite dans le département. Si une partie des exploitations trouvera un repreneur, un tiers pourrait rester sans solution de transmission. »
Pour accompagner ce renouvellement des générations, la Chambre d’agriculture multiplie les dispositifs d’accompagnement et de mise en relation.
« Le Bon Coin » des exploitations à reprendre ou en recherche d’associé
Parmi les outils proposés figure le Répertoire Départ Installation (RDI), une plateforme qui met en relation cédants et candidats à l’installation. Véritable « Bon Coin » agricole, il reflète aussi la diversité des productions présentes sur le Ségala et plus largement en Aveyron : élevage bovin ou avicole, maraîchage, transformation de produits laitiers, carnés ou végétaux… autant de projets susceptibles de correspondre à des profils et envies très variés.
« Le principe : des exploitants à la recherche d’un repreneur ou d’un associé publient une présentation de leur structure (production, contexte, potentiel économique, besoins…), détaille le conseiller. Les porteurs de projet intéressés peuvent ensuite entrer en contact avec la Chambre d’agriculture, qui réalise un premier échange avant la mise en relation. »
L’association en GAEC constitue d’ailleurs une piste de plus en plus étudiée. Elle permet de partager les investissements, le travail administratif et les astreintes, tout en facilitant l’accès au foncier et au capital. Des dispositifs de « stage de parrainage », financés par la Région, permettent également de tester une collaboration pendant un an avant de s’engager durablement.
Deux jours pour découvrir le Ségala et construire son projet
Pour aller plus loin, la Chambre d’agriculture de l’Aveyron organise les 25 et 26 juin prochains l’événement « Ségala, Terre d’installation ».
Ouverte aux personnes hors cadre familial, cette opération vise à faire découvrir ce territoire, ses filières agricoles et les opportunités d’installation disponibles. « Pendant deux jours, les participants pourront rencontrer des agriculteurs, visiter des exploitations et bénéficier d’un accompagnement personnalisé pour construire leur projet, précise Vianey Briand, conseiller animateur territorial à la chambre d’agriculture de l’Aveyron. L’événement s’adresse aussi bien aux personnes ayant une idée encore émergente qu’aux porteurs de projet déjà avancés dans leur réflexion. »
Installation et transmission : et si vous échangiez avec l’Apecita ?
Si l’installation et la transmission ne font pas partie des missions premières de l’Apecita, Thierry Combet, délégué régional l’association au bureau de Toulouse, souligne néanmoins que « dans le contexte crucial de renouvellement des générations que connaît l’agriculture française, nous pouvons relayer les besoins et les opportunités auprès des personnes en recherche d’évolution professionnelle que nous accompagnons. Un certain nombre d’entre elles, peuvent réfléchir à un projet entrepreneurial, et nous en parler, que ce soit dans le cadre d’un bilan de compétences approfondi, ou lors d’entretiens conseils personnalisés. »
Selon lui, il est donc primordial pour l’Apecita de connaître toutes les initiatives de ce type qui existent sur les territoires afin de les relayer auprès de ces publics. « Nous avons d’ailleurs des sollicitations croissantes, lors des salons professionnels auxquels nous participons, de la part d’agriculteurs cherchant des repreneurs ou des associés. »
Alors vous êtes tentés par l’installation dans cette région de l’Aveyron ?
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